Stratégies pour préserver sa santé mentale au travail

Hors-série : La santé mentale au travail – Troisième partie

Après avoir exploré les risques psychosociaux et l’importance des valeurs dans les milieux de travail dans les deux billets précédents, je termine cette série sur la santé mentale au travail sur une note d’espoir en répondant à une question cruciale :

Comment peut-on, non seulement survivre, mais prospérer dans un environnement professionnel qui peut s’avérer parfois difficile ?

Une bonne partie de la réponse réside dans le développement de notre résilience et dans l’adoption de stratégies d’adaptation efficaces.

Comprendre la résilience au travail

La résilience au travail, comme certaines personnes pourraient le penser, n’est pas un trait de caractère inné réservé à quelques privilégiés. C’est une capacité qui peut s’apprendre et se développer avec la pratique. Face aux défis professionnels croissants – restructurations, charge de travail accrue, pression de performance, incertitude économique – développer sa résilience devient non seulement souhaitable, mais essentiel pour préserver sa santé mentale.

La résilience peut se définir simplement comme notre capacité à résister aux chocs de l’existence. La résilience au travail, c’est donc l’art de se dépatouiller avec les difficultés que le travail nous présente, que ce soit rebondir après un échec ou maintenir notre équilibre psychologique malgré les turbulences.

Cette capacité d’adaptation se décline en trois dimensions complémentaires : la résilience émotionnelle, cognitive et sociale. Chacune joue un rôle spécifique dans notre capacité globale à se colletailler aux défis professionnels.

La résilience émotionnelle : maîtriser son univers intérieur

La résilience émotionnelle constitue la fondation de notre capacité d’adaptation. Elle repose principalement sur une saine gestion des émotions. La technique que j’utilise avec mes clients est simple et efficace : il s’agit de reconnaître, d’accepter et d’exprimer de manière appropriée nos émotions. (Pour se former à la gestion des émotions : Formation thérapeutique en capsules vidéo : Section sur les émotions.)

Un exemple concret ? Être capable de distinguer les émotions réelles, émises par notre cerveau limbique et ressenties dans notre corps, des « émotions réfléchies » et culturellement acceptables, qui émanent, quant à elles, de la pensée rationnelle. Acquérir et développer cette habileté est sans conteste utile à notre santé mentale mais constitue, de surcroît, une condition sine qua non au développement de l’intelligence émotionnelle.

Un autre aspect particulièrement important concerne le « travail émotionnel » – cet écart parfois douloureux entre l’émotion ressentie et celle que nous devons afficher. Pensez aux moments où vous devez sourire aux clients alors que vous vivez une période difficile. Reconnaître cette dissonance émotionnelle et apprendre à la gérer sainement fait partie intégrante de la résilience au travail.

La résilience cognitive : reprogrammer sa façon de penser

La résilience cognitive fait appel à notre flexibilité mentale. Elle nous permet de changer notre perspective sur les événements difficiles et de développer des stratégies de pensée plus adaptées.

Le recadrage constitue l’une des techniques les plus puissantes à notre disposition. Il s’agit d’apprendre à voir une situation sous un angle différent. Un nouveau projet stressant peut être perçu comme une menace (source d’anxiété) ou comme une opportunité d’apprentissage et de croissance.

La technique des petits pas représente une autre stratégie cognitive efficace. Face à une tâche insurmontable, nous pouvons la subdiviser en segments facilement réalisables. Par exemple, pour une présentation stressante : recherche d’informations (30 minutes), création de la structure (45 minutes), rédaction du contenu (2 heures), design des diapositives (1 heure), répétition (30 minutes). Chaque étape complétée devient une source de motivation pour la suivante !

La résilience sociale : développer l’entraide

Nous avons tendance à l’oublier mais nous sommes des animaux sociaux avec tout ce que cela comporte de structures hiérarchiques et de relations de pouvoir implicites; et cette réalité prend tout son sens dans le contexte professionnel. La résilience sociale nous rappelle, dans ce méli-mélo réticulaire, l’importance de savoir s’entourer et de développer des relations de confiance au travail.

Savoir demander de l’aide sans honte constitue une compétence cruciale mais souvent sous-estimée. Beaucoup d’entre nous ont intériorisé l’idée qu’il faut « se débrouiller seul·e » au travail. Cette croyance peut s’avérer dangereuse pour notre santé mentale.

Offrir du soutien à nos collègues contribue également à renforcer notre propre résilience sociale. Cette réciprocité crée un sentiment d’appartenance et d’utilité qui nourrit notre bien-être psychologique.

Stratégies pratiques d’adaptation

La capacité d’adaptation constitue un indicateur fiable de notre état de santé mentale. En développant consciemment des stratégies pour renforcer cette capacité, nous travaillons en prévention.

1. Routines et rituels en pleine conscience

Développer des routines intentionnelles peut créer des îlots de stabilité dans un environnement professionnel chaotique. Arriver 15 minutes avant son quart de travail pour prendre un café en saluant les collègues peut sembler anodin, mais cette routine crée un sentiment de contrôle qui diminue l’anxiété.

Les rituels de fin de journée s’avèrent tout aussi importants. Prendre quelques minutes pour faire le bilan, noter trois réussites (même petites), et mentalement « fermer » le bureau aide à maintenir l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle.

Plutôt que d’attendre que l’organisation propose des solutions, nous pouvons créer notre propre programme :

  • Micro-pauses régulières : 2-3 minutes toutes les heures
  • Alimentation consciente : vrais repas loin de l’écran
  • Bouger au quotidien : escaliers, bureaux actifs
  • Connexions sociales intentionnelles : écouter vraiment un collègue

2. Établir des limites claires

Mettre des frontières saines entre le travail et la vie personnelle ne constitue pas un luxe, mais une nécessité. Cela peut impliquer de définir des plages horaires sans courriels, de négocier les possibilités de temps supplémentaire, ou simplement d’apprendre à dire non aux demandes qui dépassent nos capacités.

3. Techniques avancées de gestion du stress

Au-delà des stratégies de base, certaines techniques peuvent considérablement améliorer notre résilience :

  • La respiration consciente peut être pratiquée discrètement même en réunion.
  • La visualisation positive avant une présentation importante réduit l’anxiété anticipatoire.
  • La pratique de la gratitude professionnelle – noter trois éléments positifs de sa journée – reprogramme le cerveau vers les aspects constructifs.

Le rôle crucial de l’environnement professionnel

Bien que ce billet de blogue se soit intéressé à la responsabilité individuelle en fournissant des outils concrets aux travailleuses et aux travailleurs, il serait injuste d’ignorer le rôle crucial de l’environnement professionnel afin de soutenir les pratiques de résilience et les habiletés adaptatives. L’efficacité de nos stratégies personnelles sera démultipliée si nous évoluons dans un milieu qui encourage ces pratiques.

L’engagement organisationnel envers la santé mentale

La première question à se poser : est-ce que la santé mentale constitue un enjeu réel pour mon employeur ? À ce propos et en guise de suggestions, j’invite les gestionnaires à concentrer leurs efforts sur ces trois aspects prioritaires :

  • Le soutien social et la communication transparente, tant horizontale que verticale.
  • Des dispositifs d’accompagnement efficaces : programmes d’aide aux employés (PAE), programmes d’intégration, ressources humaines orientées « Richesses Humaines ».
  • Construire une culture de résilience collective : Au-delà de la résilience individuelle, toute personne dans l’entreprise doit contribuer à créer une culture de résilience dans l’organisation :
  • Normaliser les discussions sur le stress et l’adaptation
  • Partager les stratégies qui fonctionnent
  • Célébrer les apprentissages issus des échecs
  • Soutenir activement les collègues en difficulté
  • Proposer des améliorations constructives
  • …

L’objectif ? Que les travailleuses et les travailleurs sentent que leur organisation travaille avec eux et non contre eux. En fait, il s’agit de reconnaître concrètement que le bien-être de chaque personne à son emploi impacte directement la performance organisationnelle de l’ensemble de l’entreprise.

Quand demander de l’aide professionnelle

Malgré tout, il arrive parfois que les défis dépassent nos capacités d’adaptation. Voici des signes qui indiquent qu’il est temps de consulter :

  • troubles du sommeil persistants
  • perte d’appétit
  • irritabilité chronique
  • sentiment de désespoir face au travail
  • pensées suicidaires ou homicidaires
  • consommation accrue de drogues ou d’alcool

Un professionnel de la relation d’aide peut offrir des outils spécialisés et un regard extérieur précieux pour permettre à une personne en souffrance de retrouver ses repères.

En conclusion : l’espoir et l’action

Le mot-clé de ce billet sur la santé mentale au travail : résilience ! Et voici la bonne nouvelle : augmenter notre taux de résilience est non seulement possible, mais accessible à tout le monde.

Souvenons-nous que même dans un milieu de travail toxique, nous conservons un pouvoir d’action. Nous avons la responsabilité – et la capacité – de développer nos stratégies d’adaptation, de cultiver notre résilience, et parfois, de changer d’environnement quand cela devient nécessaire.

La résilience au travail n’est pas une destination finale, mais un voyage continu d’apprentissage et d’adaptation en fonction des situations. Chaque défi surmonté renforce notre capacité à faire face aux suivants. Chaque stratégie maîtrisée devient un outil permanent dans notre coffre à outils personnel.

L’invitation est claire : prenons la responsabilité de notre bien-être professionnel ! Développons notre résilience émotionnelle, cognitive et sociale et créons des environnements de travail plus humains et bienveillants.

Votre santé mentale au travail n’est pas un luxe, c’est un droit. Votre résilience n’est pas innée, c’est une compétence. Et votre bien-être professionnel n’est pas accessoire, c’est essentiel.

Pour un accompagnement dans le développement de votre résilience au travail : https://marcbrien.ca/prendre-un-rendez-vous/


[1] L’ébauche de cet article a été généré, à partir de mon synopsis de podcast, par Claude Sonnet 4 d’Anthropic.

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