Vous rentrez chez vous après une journée de travail en vous sentant vidé émotionnellement ? Vous ressentez une boule au ventre à l’idée d’aller au bureau le lundi matin ? Vous avez l’impression que votre environnement professionnel gruge votre énergie vitale plutôt que de vous donner des ailes ? Si vous vous reconnaissez dans ces descriptions, il y a de fortes chances que vous soyez confronté à ce qu’on appelle des risques psychosociaux liés au travail.
Bien que reconnus officiellement seulement depuis le début des années 2000, nous savons que ces phénomènes touchent aujourd’hui des centaines de milliers de travailleurs. Selon l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), ce sont plus de 650 000 personnes en emploi qui présentent un niveau élevé de détresse psychologique liée au travail[i]. Pourtant, ces risques demeurent souvent méconnus, minimisés, voire complètement niés par certains milieux de travail.
Briser les stéréotypes et la stigmatisation
Malgré les avancées scientifiques et la reconnaissance légale des risques psychosociaux, plusieurs stéréotypes persistent encore aujourd’hui. Le plus tenace ? : « Ça n’existe pas ! » Combien de fois entendons-nous encore que la santé mentale au travail, c’est du « caprice » ou de la « faiblesse » ? Cette perception découle en partie du fait que la santé mentale demeure, malheureusement, un sujet tabou dans notre société.
D’autres croient que nous n’avons aucun contrôle sur ces phénomènes, qu’ils relèvent purement de la personnalité individuelle et donc de la responsabilité de chacun. Cette vision simpliste ignore complètement l’impact de l’environnement de travail sur notre bien-être psychologique. Certains employeurs se retranchent même derrière leur « droit de gestion » pour justifier des pratiques délétères, oubliant que ce droit doit s’exercer dans le respect de la dignité et de la santé des travailleurs et des travailleuses.
Il est temps de regarder la réalité en face : les risques psychosociaux au travail sont bien réels, mesurables et, surtout, évitables. Comme le souligne la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) : « La santé du travail comprend à la fois la santé physique et la santé psychologique. C’est pourquoi les risques psychosociaux liés au travail doivent aussi être pris en charge, de la même façon que les autres risques à la santé et à la sécurité. »[ii]
Comprendre ce que sont les risques psychosociaux
Mais de quoi parlons-nous exactement quand nous évoquons les risques psychosociaux liés au travail ? Les définitions varient selon les organismes, créant parfois une certaine confusion.
La CNESST en identifie cinq principaux : le harcèlement au travail, la violence en milieu de travail, la violence conjugale ou familiale qui affecte le travail, la violence à caractère sexuel en milieu de travail et l’exposition à un événement potentiellement traumatique.
Le gouvernement du Québec[iii] élargit cette perspective en distinguant sept facteurs : la charge de travail, l’autonomie décisionnelle, la reconnaissance au travail, le soutien social du gestionnaire et des collègues, le harcèlement psychologique, la justice organisationnelle, et l’information et la communication.
Quant au gouvernement du Canada[iv], en s’appuyant sur les recherches de l’Université Simon-Fraser, il en dénombre treize, incluant, entre autres, l’équilibre, la courtoisie et le respect, la clarté du leadership et des attentes, la croissance et le perfectionnement, la culture organisationnelle, le soutien psychologique et social ainsi que la gestion de la charge de travail.
Ces différentes classifications, bien qu’utiles pour les gestionnaires, peuvent sembler complexes pour les travailleurs et les travailleuses. Pour cerner et comprendre ce que sont les risques psychosociaux afin de s’en prémunir, je propose une expression simple à retenir : l’intégrité psychique et affective. La question fondamentale à se poser est la suivante : « Est-ce que mon milieu de travail permet de préserver mon intégrité psychique et affective ou constitue-t-il plutôt un risque pour ma santé mentale ? ».
Un slogan à partager : Ressentir – Saisir – Agir
Face à cette réalité complexe, comment s’y retrouver et, surtout, comment agir ? Je vous partage le slogan de ma philosophie d’intervention et vous propose d’en faire un mantra simple mais efficace : « Ressentir – Saisir – Agir ».
Ressentir : Il s’agit d’abord d’être à l’écoute de nos sensations corporelles et émotionnelles. Qu’est-ce que je ressens en lien avec mon milieu de travail ? Est-ce que je fais de l’insomnie le dimanche soir en pensant au travail du lendemain ? Est-ce que j’ai des maux de tête récurrents ? Est-ce que je me sens anxieux dès que je franchis la porte de mon lieu de travail ? Ces signaux corporels et émotionnels ne mentent pas ; ils sont nos premiers indicateurs de détresse.
Saisir : Une fois ces sensations identifiées, il faut les comprendre. Qu’est-ce que mon corps et mes émotions tentent de me dire ? Par exemple, l’insomnie du dimanche soir peut révéler un stress lié à une charge de travail excessive ou à des relations conflictuelles avec un collègue. Ou encore, les maux de tête peuvent indiquer une tension liée à un manque d’autonomie décisionnelle ou à des attentes floues de la part de la hiérarchie.
Agir : Enfin, avec cette compréhension en tête, quelle action dois-je entreprendre ? Selon la situation, cela peut aller de la simple discussion avec un collègue de confiance à une demande formelle d’ajustement auprès de l’employeur, en passant par la consultation d’un professionnel de la santé mentale.
Prenons un exemple concret : vous venez d’hériter d’un nouveau projet d’envergure.
Ressentir : Le dimanche soir, vous faites de l’insomnie en pensant à toutes les tâches qui vous attendent.
Saisir : Cette insomnie révèle une peur de ne pas arriver à mener le projet à bien, possiblement liée à un manque de ressources ou de soutien.
Agir : Vous pourriez demander une rencontre avec votre gestionnaire pour clarifier les attentes, négocier des échéances réalistes ou obtenir du soutien supplémentaire.
Les conséquences des risques psychosociaux
Ignorer les risques psychosociaux liés au travail peut entraîner des conséquences graves. Il faut être conscient, de plus, que les risques psychosociaux peuvent s’additionner, créant ainsi un effet cumulatif dévastateur. À court terme, on observe souvent du stress, de l’irritabilité, des troubles du sommeil et une baisse de motivation. À moyen et long terme, ces symptômes peuvent évoluer vers des troubles plus sérieux : épuisement professionnel, dépression, troubles anxieux, ainsi que des problèmes de consommation d’alcool ou de drogues.
Il est particulièrement préoccupant de constater que certaines cultures d’entreprise, notamment celles empruntant au patriarcat et au capitalisme, rendent plus difficile l’application de mesures de prévention des risques psychosociaux et favorisent, ce faisant, l’émergence de troubles mentaux.
De surcroît, les conséquences des risques psychosociaux ne se limitent pas à la sphère individuelle. Il y a la productivité au travail qui diminue par, entre autres, une augmentation de l’absentéisme. Il y a aussi, par contact direct, toutes les relations (amis, partenaires de vie, famille, etc.) de ces travailleurs et travailleuses qui en sont également affectées. À l’extrême, les difficultés liées aux risques psychosociaux peuvent même mener à des pensées suicidaires et à des tentatives de suicide.
Vers une approche préventive
Voici maintenant une bonne nouvelle : les risques psychosociaux sont largement évitables ! Cela commence par une réflexion honnête sur la culture d’entreprise et les valeurs véhiculées.
Les gestionnaires, afin de se diriger vers une approche préventive, ont tout avantage à adopter une vision systémique et proactive plutôt que de simplement réagir aux crises. En ce sens, voici quelques questions utiles à se poser :
- Les valeurs affichées de l’entreprise correspondent-elles à la réalité vécue par les employés et les employées ?
- La communication est-elle transparente et bidirectionnelle (horizontale et verticale) ?
- Les personnes à l’emploi de l’entreprise ont-elles leur mot à dire dans les décisions qui les concernent ?
- La charge de travail est-elle réaliste et répartie équitablement ?
- Les succès sont-ils reconnus et célébrés ?
- Existe-t-il des mécanismes de soutien pour les personnes en difficulté ?
Du côté des travailleuses et des travailleurs, il est important de développer un regard bienveillant envers soi-même. Cela implique d’être attentif à ses propres signaux de détresse. Il s’agit de cultiver une relation respectueuse avec soi-même, au même titre qu’on le ferait avec un ami cher.
L’importance du soutien social
Un facteur de protection crucial contre les risques psychosociaux et qui est, à mon avis, constamment passé sous silence, est le soutien social. Avoir des collègues bienveillants, un gestionnaire à l’écoute, ou simplement quelqu’un à qui confier ses préoccupations peut faire toute la différence. N’hésitez pas à cultiver ces relations et à offrir vous-même ce soutien à vos collègues.
En ce sens, le réseautage professionnel peut également s’avérer précieux. Participer à des regroupements de travailleurs ou de professionnels permet de briser l’isolement et de réaliser qu’on n’est pas seul et seule à vivre certaines difficultés.
En conclusion
Les risques psychosociaux au travail ne sont ni une fatalité ni une invention de travailleuses et de travailleurs à la personnalité difficile. Ils constituent une réalité bien documentée qui mérite d’être prise au sérieux par tous les acteurs du milieu du travail. En adoptant le réflexe « Ressentir – Saisir – Agir », chacun peut contribuer à créer des environnements de travail plus sains et plus respectueux afin de veiller à l’intégrité psychique et affective de tous et toutes.
Veillons ensemble à notre bien-être au travail ! Car après tout, nous passons une grande partie de notre vie dans nos milieux de travail. Nous méritons que ces espaces nous permettent de nous épanouir et de préserver notre santé mentale.
Bon cheminement!
Pour un accompagnement individualisé dans votre démarche de prévention des risques psychosociaux : https://marcbrien.ca/prendre-un-rendez-vous/
*L’ébauche de cet article a été généré, à partir de mon synopsis de podcast, par Claude Sonnet 4 d’Anthropic.
[i] Institut national de national de santé publique du Québec, récupéré sur Internet le 21 août 2025, https://www.inspq.qc.ca/publications/3246#:~:text=L’%C3%A9tude%20met%20en%20%C3%A9vidence,souvent%20l’objet%20de%20harc%C3%A8lement
[ii] Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail, récupéré sur Internet le 21 août 2025, https://www.cnesst.gouv.qc.ca/fr/prevention-securite/sante-psychologique/risques-psychosociaux-lies-au-travail
[iii] INSPQ (Institut national de santé publique du Québec) – Sous la rubrique : Risques psychosociaux du travail; https://www.inspq.qc.ca/risques-psychosociaux-du-travail-et-promotion-de-la-sante-des-travailleurs/risques-psychosociaux-du-travail
[iv] CCHST (Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail) – Sous la rubrique : Santé mentale-Facteurs de risques psychosociaux au travail; https://www.cchst.ca/oshanswers/psychosocial/mh/mentalhealth_risk.html

Marc Brien est psychosociologue (baccalauréat en psychosociologie de la communication, 1995) et a suivi plus récemment une formation de deuxième cycle universitaire en santé mentale avec mention au tableau d’honneur (diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en santé mentale, 2017).