L’alignement des valeurs : une clé pour l’équilibre mental au travail

Hors-série : La santé mentale au travail – Deuxième partie


Vous arrive-t-il de ressentir un malaise diffus en arrivant au bureau, sans pouvoir vraiment vous l’expliquer ? Avez-vous parfois l’impression que vos opinions vont à contre-courant dans votre milieu de travail ? Rassurez-vous, vous n’êtes probablement pas dans le champ. Ce sentiment de dissonance que vous éprouvez pourrait bien révéler un conflit entre vos valeurs personnelles et celles de votre milieu de travail. Ce phénomène, plus répandu qu’on ne le croit, constitue l’une des causes importantes de détresse psychologique au travail et peut mener à des troubles anxieux et dépressifs, à des problèmes relationnels, à une perte de sens et de motivation et, même, à l’épuisement professionnel communément appelé « burnout ».

Valeurs personnelles vs. Valeurs organisationnelles

Avant de pouvoir évaluer si nos valeurs s’alignent avec celles de notre employeur, il nous faut d’abord identifier les nôtres clairement. Comme le conseille une expression bien connue : « Connais-toi toi-même ! ». Cette maxime, bien que millénaire, n’a jamais été aussi pertinente qu’aujourd’hui et particulièrement dans le contexte professionnel.

Première étape : Reconnaître ses valeurs

La première étape de cette démarche consiste donc à identifier ses croyances liées au travail et à les questionner. Pour ce faire, vous pouvez vous poser une question simple mais révélatrice : que disaient mes parents du travail ? Étaient-ils du genre à dire « le travail c’est la santé », selon l’expression consacrée, ou ressentaient-ils plutôt le travail comme de l’esclavagisme déguisé ? Rendu à l’âge adulte, ces messages répétés, souvent inconsciemment, influencent profondément notre rapport au travail.

Il est intéressant de découvrir, au fil de cette réflexion, que certaines de nos valeurs ne nous appartiennent pas vraiment, mais ont été héritées de l’environnement dans lequel on a grandi. Si elles nuisent à notre équilibre, nous avons le devoir de nous en débarrasser.

En prime, plus nous connaissons véritablement nos propres valeurs authentiques, plus il devient facile d’identifier celles de nos collègues et de notre milieu de travail.

Deuxième étape : Comparer avec les valeurs organisationnelles

Une fois nos valeurs personnelles clarifiées, il devient possible de les comparer avec celles de l’organisation pour laquelle nous travaillons. Cette comparaison révèle parfois des écarts significatifs qui peuvent expliquer bien des malaises au travail.

Cette conscience claire des valeurs qui animent chaque partie nous protège contre un phénomène psychiquement épuisant que je m’amuse à nommer le complexe de Don Quichotte. C’est-à-dire, cette motivation inconsciente à partir en guerre avec la hiérarchie et les collègues afin de tenter de changer leurs valeurs pour, toujours inconsciemment, se rassurer sur les nôtres. Rappelons-nous la morale de l’histoire : se battre contre des moulins à vent est tout simplement contre-productif…

L’expérience vécue d’un professionnel

Prenons l’exemple concret que nous a humblement dévoilé Tri-Tam Chau-Vo lors de son passage sur notre podcast. Titulaire d’une maîtrise en développement organisationnel à HEC Montréal et d’un baccalauréat en relations humaines de l’Université Concordia Tri-Tam a dû, dans sa vie professionnelle, faire des choix radicaux afin de respecter ses valeurs personnelles.

Dans ce podcast, il nous raconte qu’il a réalisé, lors de son passage chez Deloitte, que malgré la réputation prestigieuse de l’entreprise, sa valeur d’équilibre vie personnelle/vie professionnelle ne s’alignaient pas avec la culture de l’entreprise et a décidé de quitter malgré une carrière qui s’annonçait florissante. Plus tard, dans une autre organisation où « l’important c’était de faire de l’argent », il s’est trouvé face au même dilemme.

Ce qui est important de retenir de l’expérience de Tri-Tam, c’est qu’il ne nourrit aucune rancune face à ces organisations et en garde même un sentiment de fierté. Cet exemple vécu représente bien ce que la littérature nous enseigne : agir en fonction de nos valeurs est énergisant et toujours un facteur positif pour la santé mentale !

Valeurs divergentes : Faut-il démissionner ?

Disons-le d’emblée, découvrir un écart entre nos valeurs et celles de notre employeur ne signifie pas automatiquement qu’il faille démissionner. Plusieurs facteurs doivent être considérés dont l’ampleur de l’écart, notre positionnement hiérarchique, les raisons de notre présence dans cette organisation et… nos obligations financières.

Parfois, la simple prise de conscience de cette divergence peut suffire à apaiser la tension psychologique. Reconnaître consciemment que l’organisation pour laquelle on travaille a des valeurs différentes des nôtres peut permettre de mettre en perspective certains aspects désagréables du travail et d’accepter simplement la situation.

Tri-Tam nous faisait également part d’un enseignement qu’il a retiré d’une discussion avec une collègue : on peut parfois ne pas être aligné avec la « business » mais tout de même pouvoir s’y accomplir. Par exemple, même si certaines valeurs organisationnelles ne nous conviennent pas, nous pouvons trouver notre motivation au travail dans le plaisir que nous avons à collaborer avec notre équipe, dans la relation enrichissante avec notre gestionnaire bienveillant ou dans les opportunités de développement offertes par l’employeur.

Il ajoute qu’il est également parfaitement acceptable d’adopter une approche plus pragmatique et de se dire : « Écoute, je travaille juste pour un chèque de paie pour le moment, mais ce n’est pas pour toujours. » Cette position, loin d’être cynique, peut constituer une stratégie de survie temporaire dans un environnement qui ne mobilise pas tous les atomes de notre être.J

Identifier les valeurs d’entreprise toxiques

Bien que les valeurs, en elles-mêmes, ne soient ni bonnes ni mauvaises, certaines valeurs d’entreprise peuvent s’avérer délétères pour la santé mentale des personnes qui y œuvrent.

Premier feu rouge à détecter : une discordance entre le système de valeurs annoncé (ce qui est dit) et la réalité (ce qui est vécu). Par exemple, vous avez entendu la direction pérorer d’un esprit d’équipe et de coopération mais vous réalisez rapidement que, dans la pratique, c’est du chacun pour soi.

Comprenons bien qu’ici, ce n’est pas la compétition qui est nécessairement néfaste à la santé mentale mais bien l’écart entre ce qui est dit et ce qui est agi. Conseil aux gestionnaires : lorsque vous établissez votre charte des valeurs, assurez-vous qu’elle soit comprise et accepter des personnes qui composent votre organisation afin de faciliter l’intégration de celle-ci, et ce, à tous les niveaux de l’entreprise.

Voici d’autres exemples de distorsions au niveau des valeurs d’entreprise qui peuvent s’avérer lourdes de conséquences pour la santé mentale des travailleurs et des travailleuses :

Performance à tout prix

Quand la performance devient l’unique critère d’évaluation, elle écrase l’humain et crée un environnement de stress chronique. Cette valeur, poussée à l’extrême, mène directement au burnout.

Disponibilité constante

Sous couvert d’engagement et de dévouement, certaines organisations effacent complètement les frontières entre vie professionnelle et vie personnelle. Les employé·e·s se retrouvent dans l’obligation tacite d’être disponibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Fausse authenticité

L’injonction paradoxale d’être soi-même dans un cadre contrôlé, tel le travail, crée une dissonance cognitive majeure. Les employé·e·s doivent alors faire semblant d’être authentiques selon les critères définis par l’organisation.

Conformité invisible

Certaines cultures d’entreprise pratiquent la discrimination et l’exclusion de façon subtile. On peut penser au phénomène du boy’s club et à la culture patriarcale.

Adaptation perpétuelle

Demander aux travailleuses et aux travailleurs de s’adapter constamment, ou, pire encore, leur reprocher une faible capacité d’adaptation, dans un marché ou une organisation instable, nie le besoin de stabilité et de prévisibilité essentiel à la santé mentale.

Manipulation par les valeurs

Enfin, utiliser les valeurs comme outil de management peut s’avérer particulièrement pernicieux. L’exemple classique : « Ici, c’est l’esprit d’équipe ; tu dois venir au 5@7! » transforme une activité sociale en obligation professionnelle.

Stratégies de protection et actions possibles

Face à une culture organisationnelle toxique, plusieurs stratégies et actions peuvent être déployées pour protéger sa santé mentale :

Connaître ses valeurs « non-négociables »

Il est essentiel d’identifier ses valeurs fondamentales, celles sur lesquelles on ne peut pas transiger. Cette clarification permet de distinguer les compromis acceptables des situations intenables.

Établir ses limites dès le départ

Il est plus facile de maintenir des frontières saines si elles sont établies dès le début. Une fois les mauvaises habitudes prises, il devient beaucoup plus difficile de revenir en arrière.

Questionner le statut quo

Oser remettre en question certaines pratiques organisationnelles, de façon respectueuse mais ferme, peut parfois initier des changements positifs.

Chercher des alliés

Le soutien social demeure l’une des meilleures stratégies de protection. N’hésitez pas à partager vos préoccupations avec des collègues de confiance. Cette validation externe permet souvent de réaliser bien souvent qu’on n’est pas zinzin et que le problème provient effectivement de l’organisation. Se faire des alliés et devenir un leader positif au sein de l’organisation peut permettre de créer des micro-environnements plus sains et de porter collectivement des changements.

En conclusion

Avant toute chose, il est important de réaliser que le travail a un grand impact sur notre santé mentale. Dans ce contexte, les valeurs et la culture d’entreprise constituent des éléments essentiels à considérer dans la prévention des burnouts et autres troubles psychologiques liés au travail.

L’invitation est claire : apprenez à connaître vos valeurs, évaluez leur alignement avec celles de votre organisation et n’hésitez pas à prendre des mesures afin de protéger votre intégrité psychique et affective. Votre bien-être et votre épanouissement au travail en dépendent !

Finalement, sachez qu’il est plus facile de s’accomplir pleinement dans les milieux de vie dont les valeurs s’agencent aux nôtres.

Sur ce, je vous souhaite un très bon cheminement !

Pour un accompagnement dans cette démarche de clarification des valeurs : https://marcbrien.ca/prendre-un-rendez-vous/

[i] L’ébauche de cet article a été généré, à partir de mon synopsis de podcast, par Claude Sonnet 4 d’Anthropic.

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